Comment la Science-Fiction libère la Science de la domesticité et du bien-être. Do E.T. Yourself, Part. 2
Par Pierre G. le samedi 5 septembre 2009, 18:16 - Lien permanent
"Ne plus prier, bénir !"
F. Nietzsche.
Suite (tardive) de ma lecture du dossier
spécial soucoupes volantes et extraterrestres du monde diplomatique de
Juillet 09. Aujourd'hui :
De la science-fiction comme laboratoire métaphysique
par S. Lehman.
Serge Lehman s'interroge dans cet article sur les
rapports entre Science Fiction et Science tout court. Il propose tout d'abord
de distinguer deux sciences-fiction :

une forme restreinte, qui se réduit à un genre littéraire dont la
légitimité est toujours incertaine, et une « formulation plus
générale », qui dépasse le cadre des œuvres de fiction.
Cette science-fiction « au sens large » est une démarche
intellectuelle, qui consiste à admettre comme certitudes ce que la science tout
court tient pour de simples hypothèses, afin d'en imaginer et d'en tester
toutes les conséquences.
Si la science fiction comme genre littéraire n'a jamais bénéficié que d'une
reconnaissance relative, la manière de penser contenue dans sa
« formulation générale » représente, selon l'auteur de cet article,
« un phénomène culturel de grande envergure ». En effet, la science
fiction dés-inhibe la science, lui fournit un langage, des métaphores et des
horizons. C'est une véritable "machine à formuler des hypothèses" sur le
futur, l'humain, l'espace, le progrès ou les lois de la nature. La science
fiction, à force de scénarios, finit toujours par être « une
science involontaire », qui énonce, bien en amont, ce que la
science tout court ne vérifiera que plus tard.
Mais bien plus qu'une industrie de la prophétie, la SF est avant
tout le plus sûr moyen d'arracher la science aux horizons de la domesticité et
du bien-être. Elle permet de mettre en chantier les représentations
même de la science, de la ré-assigner, de l'affranchir des objectifs de
sécurité et de profit. La Science Fiction produit des possibles, en
s'affrontant à la demande sociale aussi bien qu'aux conventions
scientifiques.
Selon Serge Lehman, en développant les hypothèses émise par la science, la
SF fait également apparaître sa vocation à « tuer le futur » en le
désenchantant. Mais au-delà d'une simple critique de ce que Baudrillard
appellerait une « pacification », la Science Fiction prend souvent la
catastrophe socio-technique comme point de départ : La victoire
triste de la science a souvent déjà eu lieu dans les récits de SF
(sous forme d'apocalypse technologique, et/ou de société sur-policée). Il est
alors trop tard pour imaginer des alternatives. Les auteurs de SF travaillent à
partir du mal, à formuler un après, un au-delà de la science et du
progrès.
La Science Fiction propose ainsi un positionnement éthique et politique :
Le pire n'est plus à éviter, mais à considérer comme matière première d'une
"aventure nouvelle", pour le genre humain et la pensée. Éthique
Cyborg ?

Commentaires
bonjour,
je suis un "camarade" de Fred (Grenoble) ; il nous a parlé de votre travail, après qu'un autre collègue nous ait proposé un lien, après que j'ai averti tout l'OMNSH de l'organisation d'une journée SF et SHS : "fantastique technique, modèle et catastrophe" le 23 oct. 2009, à Nantes.
J'apprécierai de vous y voir, et/ou d'échanger avec vous.
Cordialement, / DMU
bonjour,
Je vous remercie de l'invitation. J'interviens malheureusement ailleurs le 23.
Pourra-t-on trouver quelque part un compte rendu de ce qui va se dire au cours de cette journée d'étude ?
J'espère également que nous pourrons nous voir et/ou échanger prochainement.
Pierre.